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De Rome à Paris: Info spectacle, clichés et lieux communs

Que retiendra-t-on de l’info « politique » française et italienne de ces derniers mois?

On peut déjà répondre à cette question sans prendre aucun risque: les scandales! Et oui, cette année encore les médias français et italiens  auront  alimenté plus que de raison la rubrique « politique-spectacle ».


Du divorce de Silvio Berlusconi causé par ses frasques avec des « escort girls », du fait qu’il ne se soit pas rendu à l’anniversaire de sa fille (événement primordial concernant la pérennité politique du pays), en passant par le coup de la statuette milanaise, show en live diffusé en boucle sur nos écrans, jusqu’à la vraie fausse rumeur concernant les liaisons extra conjugales du couple Sarkozy-Bruni, relayées ou non par Rachida Dati… Que d’analyses, d’infos, de débats importants à l’heure de la crise mondiale!






Attention, le procès ici fait aux médias ne veut pas généraliser le comportement de plusieurs journalistes,canards et autres chaînes de télévision qui exploitent à fond le rentable filon de l’info-spectacle. Cependant, il conviendrait de privilégier le fond à la forme, de quitter les terrains du lieu commun pour explorer celui de la réelle analyse.

Le 11 juin prochain, la coupe du monde de football en Afrique du Sud prendra le relais de cette info spectacle, et l’on parlera alors beaucoup plus de Domenech,Lippi,Henry ou Buffon que des sujets moins légers…

Voici un petit aperçu des clichés français vu par le blog italien de Daniele Sensi :

L'Europe vue par les français

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« Régionales italiennes, La revue de presse »

La vague rose des élections régionales françaises n’aura pas franchie les Alpes. En Italie, la droite reprend quatre régions à la gauche, dont le Piemont (Turin) et le Latium (Rome). La Lega Nord obtient de très bons résultats et ne cesse de prendre de l’ampleur au sein de la coalition de droite menée par Silvio Berlusconi.

Voici les unes des journaux italiens au lendemain de ce scrutin:

"Berlusconi et Bossi s'envolent"

"La droite gagne grâce à Bossi"

"Berlusconi et Bossi l'emportent"

"Un pays fatigué"

"L'Italie n'est pas la France"

"Quel plaisir!"

En Italie, Le Corriere della Sera annonce les résultats de l’élection de façon assez objective, ce qui n’est pas le cas des autres quotidiens. Il Giornale titre « Berlusconi et Bossi s’envolent » et explique aux lecteurs que les italiens ont ainsi « décerné un prix » au « bon gouvernement » en place. Libero titre simplement « Quel plaisir! » et nous rappelle que la droite gagne alors qu’elle était « donnée pour morte ». La Stampa met l’accent sur le « boom » de la Lega et le gain du Piemont par le leghiste Cota, sans oublier la suprématie de la Lega sur le Pdl (peuple de la liberté) de Silvio Berlusconi en Vénétie. La Reppublica n’attribue pas la victoire au président du conseil mais seulement au « Senatur », Umberto Bossi, sans qui, d’après le quotidien, la droite n’aurait pas remporté ces nouvelles régions. L’Unità se focalise sur la forte abstention dans une Italie « fatiguée ». Liberazione titre « L’Italie n’est pas la France », car  cette fois ci la forte abstention ne profite pas à la gauche.

En France, le quotidien Le Monde parle du « triomphe de la Lega ». Pour Le Figaro, Berlusconi  remporte les éléctions alors qu’il était annoncé perdant et en chute libre depuis ses déboires avec la presse.

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« Burqa et identité nationale ne laissent pas l’Italie indifférente »

« La France n’a pas trouvé de réponse à la question de l’identité nationale voulue par le président Sarkozy ». Il Giornale,  le quotidien italien pro Berlusconi tire ainsi les conclusions du débat sur l’identité nationale en France. Le journal de centre droit affirme que ce débat est une « défaite politique et idéologique de premier ordre » pour la patrie des droits de l’homme, peut être à cause des divergences entre « une droite nationaliste et une gauche pro immigrés ». En effet, selon Il Giornale, la gauche française accuse ses rivaux de vouloir stigmatiser la population musulmane de France. De plus, on pouvait lire également dans cet article qu’ Eric Besson avait été contraint de démentir officiellement sa supposée conversion à l’Islam, alors qu’il projetterait d’épouser sa compagne, Yasmin Tordjman, parente d’Habib Burghiba, le président de l’indépendance tunisienne. Il Giornale, dans un autre article, celui ci au sujet de la burqa, titrait « Copions la France qui dit non à la burqa ». La droite italienne souhaite imiter la droite française et est confrontée à l’opposition ainsi qu’à Gianfranco Fini, le président de la chambre des députés et membre du Peuple de la liberté (PDL), le parti de Silvio Berlusconi. Ainsi, Pour il Giornale l’Italie prend du retard au sujet de la burqa « à cause de la gauche et de Fini. »

« Idendité et Burqa,rien ne va plus »

Pour Il Foglio du 4 février, la France est « divisée » autour du débat sur l’identité nationale et l’interdiction de la burqa dans les lieux publics. Dans l’article « identité et burqa, rien ne va plus » Il Foglio fait état des divisions au sein même des partis politiques français et relate l’épisode durant lequel Eric Besson a refusé d’accorder la nationalité française à un musulman faisant porter le voile intégral à sa femme, une française.

La Repubblica du 5 fevrier dédiait un article intitulé « la candidate trotskiste voilée fait scandale en France » à propos de la candidate Ilham Moussaid représentant le NPA aux élections régionales dirigé par Olivier Besancenot. Le quotidien italien la proclame « porte drapeau de l’islamo gauchisme » français, et rappelle que ce choix a été critiqué par tous les partis politiques transalpins, gauche comprise. Au sujet du débat autour de la burqa en France, Giampietro Martinotti, le journaliste de La Repubblica souligne le problème de la question de la burqa, c’est à dire la stigmatisation de la population musulmane française à cause de seulement 2000 burqa.

« La France s’est réveillée avant nous »

« La France s’est réveillée avant nous » titrait La Padania du 28 janvier dernier. « Sarkozy nous montre comment faire » car « la burqa ne sera jamais la bienvenue en Europe » affirmait le journaliste de La Padania chiffre à l‘appui, car 71% des italiens seraient opposés au port de la burqa, selon un sondage italien. Cet article offrait aussi une tribune au ministre des affaires étrangères du gouvernement Berlusconi,  Franco Frattini qui déclarait ceci : « le fait de se voiler complètement est un signe fort qui marque la volonté de ne pas s’intégrer. »

Massimo Nava, le correspondant du Corriere della Sera à Paris, nous livrait, dans l’édition du 27 janvier, une analyse plus détaillée concernant le débat autour de la burqa en France. En effet, l’ensemble des partis politiques français et l’opinion publique sont sur la même longueur d’ondes au sujet du problème posé par la burqa (droits des femmes, éthique…), cependant le problème réside dans le fait d’établir ou non une loi l’interdisant. Les avis des responsables politiques français divergent alors concernant l’application de cette éventuelle future loi prohibant le port de la burqa dans les lieux publics. L’UMP et son président du parti à l’assemblée nationale, Jean François Copé sont pour l’application d’une telle loi. Au PS, Martine Aubry dénonce  « une loi de circonstance » contraire au principes de la constitution. Chez les Verts Cécile Duflot déclare que « la burqa la choque en tant que femme », mais avoue qu’elle ne sait pas comment résoudre le problème. Le PC, d’après  M.Nava se préoccupe surtout de ne pas rendre plus difficiles ses rapports avec l’Islam et les musulmans de France. Le FN est également opposé à une nouvelle loi car d’après JM Le Pen, « il suffirait de suivre la loi et l’ordre public déjà en place qui interdisent de circuler de manière masquée ».

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« Clearstream, quand le scandale traverse les Alpes… »

« Il est impensable qu’un procureur puisse prendre une décision si délicate sans l’accord, au moins implicite, du pouvoir politique. » Tels sont les propos du correspondant du quotidien La Repubblica à Paris, Gianpietro Martinotti, dans l’édition du 30 janvier dernier. Selon les dires du même journaliste, « il est évident que le chef de l’Etat continue d’espérer une condamnation pour Dominique de Villepin », car « ce procès a fait émerger à droite un homme capable de se mettre en travers de la route de Nicolas Sarkozy en vue de 2012 ». Selon le journal,  « Ils (Sarkozy-Villepin) se détestent de manière si forte que le président n’a pas pu résister à l’attaquer de nouveau, victime de son impulsivité »même si un second non lieu donnerait à Villepin le rôle de « martyr ».

« La France, cette république monarchisée »

Pour La Stampa du 22 septembre de l’année dernière, ce procès illustre les coups perpétués sous la ceinture entre « Chiraquisme » et  « Sarkozysme », mêlant à cela les pratiques des « barbouzes ». Selon Domenico Quirico, la France est « une république monarchisée » sous laquelle le président se constitue partie civile sans soulever « une certaine perplexité ». Il ajoute à cela qu’ « avec l’euthanasie de la gauche » De Villepin peut représenter un « anti Sarko » en vue de 2012, à la condition qu’il « sorte vivant » de ce procès…

« Villepin ou l’effet Boomerang »

Au lendemain du verdict, Massimo Nava, correspondant en France du journal « Il Corriere della Sera » annonçait le retour de Villepin dans l ‘ « arène politique » comme un effet « boomerang » pour Nicolas Sarkozy. Pour M.Nava, Villepin, dont Chirac serait « il padrino » (parrain), a réussi à se « glisser dans le costume de la victime » dans ce procès et Sarkozy enverrait bien ce spécialiste de Napoléon à « Ste Hélène » !

L’Unità nous délivre son analyse : « Sarkozy s’est trompé dans ces calculs » en faisant référence au jugement qui relance l’ex premier ministre de Jacques Chirac. Certains sondages donneraient 8 à 10% d’intentions de vote à Villepin à la prochaine présidentielle, « assez pour compromettre la réélection de Sarkozy » car  l’intervalle gaulliste serait une alternative à droite si l’on s’en remet à l’avis du journaliste de l’Unità Luca Sebastini.

Le quotidien Il Giornale, quant à lui, n’a fait que relater les principaux actes du procès sans émettre d’avis particulièrement critique.


« Marin, indépendant ou influencé? »

En France, Le Figaro relatait les dires catégoriques de Mr Badinter en ce début du mois de février. « L’appel du procureur n’a pas été pris sans l’accord, sinon l’initiative, de l’Elysée ou de la Chancellerie.» déclarait l’ancien ministre de François Mitterand. Depuis le verdict du tribunal, Le Figaro a publié plusieurs titres dont « L’UMP veut oublier Clearstream » ou encore « Villepin trouble le jeu des ambitions à droite ». En effet, selon ce quotidien, le retour de Villepin ne gênerait pas seulement le président de la République mais aussi certains acteurs de la droite comme Juppé ou MAM, les autres représentants possibles de l’alternative Gaulliste. Cependant, Bayrou et le MoDem se réjouiraient, eux, des scissions au sein de la droite.

Le Monde du 1er Fevrier se demandait « pourquoi le président s’obstine ? », faisant référence à l’appel prononcé par le procureur Martin, soupçonné d’être orchestré par la hiérarchie.

Pour sa défense, Mr Martin déclarait au micro d’ Elkabbach sur Europe1 que «tout (n’avait) pas été dit dans cette affaire » et remettait en cause la loyauté de Villepin à l’antenne, en ajoutant que la complicité par abstention existait bel et bien et qu’il était « surprenant de ne pas condamner Villepin » dans cette affaire…

Pour Eva Joly, représentante d‘Europe Ecologie cet appel se résume à une  « parfaite illustration du manque d’indépendance du parquet », pouvait on lire dans le JDD.

Alain Duhamel, dans Libération parle des « maladresses Elyséennes » qui repositionnent Villepin sur l’échiquier politique, après que « les sabres (aient été) brandis dans les deux sens ». Il parle du futur « handicap Villepin » pour Sarkozy.

« Le nouveau boulet de l’UMP »

Enfin, L’Humanité compare Dominique De Villepin à Georges Frêche dans son édition du 2 février. « Ils sont les deux boulets de l’UMP et du PS » et les deux partis politiques se les jettent réciproquement à la figure…

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Entretien avec… Marcelle Padovani

Licenciée en philosophie, diplômée de Sciences Po et docteur en sciences politiques, Marcelle Padovani débute à l’Express, puis passe au Nouvel Observateur où elle couvre la gauche française au moment de la prise  de pouvoir du nouveau président de la république :  François Mitterrand.

Plus tard, elle demandera et obtiendra le poste qu’elle convoite, c’est à dire correspondant en Italie. Pourquoi l’Italie ? Parce qu’elle était «  fascinée de longue date par son coté “laboratoire” et par sa capacité à inventer des solutions nouvelles, sur les plan politique, économique et social. Fascinée aussi par le phénomène Mafia. »

Elle a écrit huit livres sur l’Italie, sur le communisme, sur le terrorisme, sur la mafia, sur la Sicile, plus deux livres-entretien: l’un avec Leonardo Sciascia (La Sicile comme métaphore) et l’autre avec le juge Giovanni Falcone (Cosa Nostra: le juge et les hommes d’honneur).

Marcelle Padovani est aussi à l’origine de plusieurs films télé dont un portrait de Falcone et un reportage sur les femmes et la mafia.

Quelles sont les particularités des Médias italiens ?

La première chose qui m’a frappée dès que je suis déboulée en Italie c’est le caractère élitaire, très peu pédagogique de la presse italienne, même pour ses grands quotidiens indépendants, tels Il Corriere della sera et La Repubblica. On suppose du lecteur qu’il connaisse déjà beaucoup lorsqu’on lui propose de lire un article. Il arrive souvent qu’on arrive à la fin d’un papier sans avoir compris quelle est l’information qui l’a motivé. C’est incontestablement un défaut.

La deuxième caractéristique qui m’a frappée, c’est le refus des chiffres, de la statistique, de l’enquête chiffrée, de la recherche d’informations quantifiables. Je crois que c’est un défaut non seulement de la presse mais de la société toute entière. Je me souviens, il y a une quinzaine d’années, je cherchais à savoir le nombre d’employés d ans la fonction publique, je ne trouvais rien, j’ai fini par appeler le cabinet du ministre, et on m’y a répondu, parce qu’on n’avait pas ce chiffre: ”C’est un secret d’Etat”…Du nombre d’employés publics comme secret d’Etat!!!

Troisième “défaut” : la tendance au “cerchiobottismo”, c’est à dire la tendance à se laver les mains d’un gros problème politique ou social, plutôt que d’avoir le courage de donner une opinion tranchée. Par exemple : le “procès bref”, récemment voté au Sénat, qui effacera des centaines de milliers de procès , tout simplement pour pouvoir effacer les deux procès qui mettent au pilori le Président du Conseil… Eh bien, il y a des grands quotidiens qui font semblant de ne pas s’apercevoir de la gravité de la chose, du fait que c’est la fin de la justice d’une certaine façon et qui titrent :”Le procès bref est voté…La polémique explose”, suivi de deux interviews, l’une favorable au projet gouvernemental, l’autre contraire… avec une évidente fuite de responsabilités car le journal en tant que tel ne prend pas position…

En revanche, et cela plaide en faveur de la presse italienne, les grands journalistes, les éditorialistes, sont très souvent beaucoup plus cultivés que les confrères français. Et ils parlent plusieurs langues.

Selon vous, pourquoi les « Verts » italiens ne connaissent le même essor qu’en France ?

L’écologie italienne est depuis toujours divisée en deux tronçons : ceux qui veulent seulement défendre la qualité de la vie, du territoire et du milieu, et ceux qui pensent que cette défense passe par un engagement dans les rangs de la gauche. Cette division a diminué l’impact des thèmes écolo. L’écologie italienne est aussi en proie à des profondes rivalités de personnes, qui rendent le staff des Verts impuissant.

Pourtant la sensibilité envers les thèmes écolo est importante. Elle est plus forte au Nord qu’au Sud, et c’est évidemment au Sud que les plus grands désastres ont lieu : pollution, destruction des cotes, urbanisation sauvage, trafic de déchets même toxiques.

En France, La Ligue du Nord est seulement connu pour être xénophobe et raciste. Est ce une vision objective ? Disposons nous d’assez d’informations dans les médias français sur ce sujet ?

La Ligue du Nord est un parti ouvertement xénophobe, qui promeut des lois anti immigrés, qui se vante de repousser les bateaux charges de migrants qui s’approchent des cotes italiennes, qui a inventé le délit d’immigration clandestine , qui demande des enseignants du Nord pour les élèves du Nord , qui préconise la sécession, qui fait pisser des cochons sur les emplacements destinés aux mosquées, qui a inventé les “rondes” anti immigrés, qui a eu le culot, dans une ville comme Trévise, d’ôter les bancs dans les jardins publics pour éviter que les immigrés ne s’y asseyent… Qui dit mieux, comme xénophobie militante et concrète ?

Pensez vous qu’un tel sujet puisse contribuer à donner une mauvaise image des Italiens à l’étranger ?

Je ne sais pas si les Français sont bien ou mal informés sur la Ligue du Nord, mais je sais en revanche que le discrédit qui frappe l’image de l’Italie à l’étranger, et qui suscite la floraison des clichés, ce n’est pas forcément la Ligue du Nord mais plutôt l’actuel Président du Conseil Berlusconi, avec son cortège de conflits d’intérêt, ses attaques contre la justice, ses histoires de bonnes femmes, son maquillage outrancier et ses comportements de matamore.

Quel est l’écho en Italie de la crise que traverse le Parti Socialiste Français ?

Il y a en ce moment très peu d’infos sur ce sujet dans la presse italienne. Très peu d’intérêt aussi. Parce que la situation de la gauche italienne est si catastrophique que personne n’a envie de connaître les soucis d’une consœur européenne, aussi sympathique puisse t’elle être. Mais d’une manière générale, contrairement aux Français, les Italiens ont tendance à surévaluer, à surestimer tout ce qui est étranger par rapport à tout ce qui est national. C’est ce qu’on appelle ici l’ ”autolésionisme” péninsulaire. Le contraire de l’arrogance française. Donc la gauche française doit surement jouir d’un préjugé favorable dans les tréfonds de l’âme italienne…

Remerciements à Marcelle Padovani.

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Entretien avec… Alberto Toscano

Alberto Toscano (né le 25 mars 1948 à Novare, au Piémont, Italie) est un journaliste et écrivain italien, résidant en France depuis 1986 et collaborant à plusieurs média italiens et français.

Alberto Toscano est diplômé en sciences politiques de l’Università statale di Milano .Il a été rétrospectivement chef du service international de l’hebdomadaire italien Rinascita , rédacteur et envoyé spécial du quotidien L’Unità, ,correspondant à Paris du quotidien économique ItaliaOggi. Auteur depuis cette date de plus de 5 000 articles sur la France, publiés par des journaux italiens de différentes tendances politiques : ItaliaOggi, L’Indipendente, Il Secolo XIX, Il Giornale, Panorama, Il Riformista.

Il collabore auprès de  plusieurs radio et télé : en Italie sur la radio de la Rai et des chaînes de télévision privées du groupe Mediaset ; en France – après des années sur RFI, France Culture et France Inter– il fait partie du groupe des polémistes de l’émission On refait le monde sur RTL et il intervient sur TV5.

Il fut également le président de l’Association de la Presse étrangère et auteurs de nombreux livres.

Alberto Toscano a accordé cet entretien au Blog France/Italia le 16 janvier 2010, durant lequel il a été question de La Lega Nord, du PS et du traitement de l’information dans les médias français et italiens.

Lega Nord

« Concernant la Lega tout est simple ! », c’est par cette phrase que l’entretien avec Alberto Toscano a commencé lorsque je lui ai demandé d’évoquer le sujet concernant la Lega Nord.

En effet, d’après mon interlocuteur, la montée en puissance de la Lega Nord en Italie à partir des années 90’ est liée à un phénomène simple : l’augmentation des taxes fiscales en Italie depuis les années 70’-80’.

Au nord de l’Italie, un mécontentement général s’est alors fait ressentir car les habitants de l’Italie septentrionale, région la plus dynamique économiquement parlant, ont dénoncé le fait de payer proportionnellement plus de taxes que les habitants du sud du pays, soupçonnés de ne pas déclarer clairement l’ensemble de leurs revenus.

Le parti de la Lega nord (ligue du nord en français) connaît ses premiers succès à la suite de l’affaire « mani pulite » (mains propres) qui a comme conséquence l’écroulement et le renouvellement de la classe politique italienne au début des années 90’. La Lega n’est pas touchée par ce scandale de financement illégal des partis politiques et son leader, Umberto Bossi ne voit pas sa réputation entachée par l’affaire et les procès consécutifs à ce scandale national de très grande envergure. Il bénéficie donc à ce moment là d’une image d’homme honnête, non corrompu qui se reflète dès lors sur son parti. Et cela se fera ressentir dès 1994, année de l’arrivée au pouvoir du Cavaliere, allié à la Lega Nord.

La Lega connaît donc le pouvoir au sein de la coalition du centre droit italien avec Silvio Berlusconi, nouveau président du conseil, à sa tête.

« Lega Nord et Berlusconi, entre alliances et défiances… »

Dans le but de renforcer et d’affirmer son indépendance, la Lega « fera chuter » Berlusconi en se retirant de la coalition menée par le Cavaliere en 1995. La Lega fera en effet partie du nouveau gouvernement « technique » présidé par  Dini en 1995, qui prendra la suite du gouvernement Berlusconi I. Depuis cet épisode, le temps a fait son effet et l’on compte à nouveau la Lega  parmi les alliés de Silvio Berlusconi et elle fait actuellement partie de la coalition au pouvoir en Italie, depuis 2008.

Aujourd’hui, la Lega ne cesse de gagner des points aux élections, et empreinte un créneau populiste qui marche plutôt bien. On assiste alors à des déclarations théâtrales et incroyables de la part de certains dirigeants du parti qui donnent lieu à des dérapages racistes et xénophobes relayés massivement dans tous les médias italiens et étrangers, à un tel point qu’on a l’impression de ne connaître que cela de ce parti dit « sulfureux ». Les médias assimilent même trop souvent les italiens  à ce type de déclarations négatives. Selon Alberto Toscano, grand nombre d’électeurs de la Lega sont conscients des dérives de certains responsables et élus du parti fédéraliste, ils savent aussi que quelques uns de ces élus sont ouvertement racistes et xénophobes.

Toscano : « le racisme n’est pas une généralité au sein de la Lega »

Cependant il ne convient pas de faire une généralité de ces individus, ni de se focaliser sur certains actes (certes très médiatiques). De plus, les cotés honnête, droit et proche des préoccupations du peuple de la Lega  Nord priment souvent au moment d’aller remplir les urnes.

Depuis peu, la Lega se préoccupe  beaucoup du débat sur l’entrée possible de la Turquie dans l’Union Européenne, entrée soutenue par le Président du conseil italien. En effet, Silvio Berlusconi est favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE et la Lega se positionne face au leader du PDL. Pour Alberto Toscano, la Lega emploie cette stratégie afin de « voler » des voix à Silvio Berlusconi et son parti dans l’optique des futures élections.

« La logique stratégique de la Lega est celle de Craxi dans le passé »

La stratégie de la Lega est de marquer son indépendance en tant que parti important sur l’échiquier politique italien, et ceci dans l’optique de « pouvoir peser » dans l’avenir politique italien, notamment au moment de la formation des coalitions de  droite ou de gauche  à venir. « La logique de la Lega est celle de Bettino Craxi dans le passé »,déclare Alberto Toscano, c’est à dire récolter peu de voix par rapport aux grands partis politiques mais pouvoir faire « pencher la balance dans un sens ou dans l’autre », ce qui représente une position très forte.

La Lega et les Médias.

L’auteur de « critique amoureuse des français », son dernier livre paru en 2009, est catégorique : « la Presse française à l’habitude de simplifier à l’extrême l’Italie », ainsi l’Italie est souvent banalisée  à travers de tels sujets. « La presse se base purement et simplement sur des stéréotypes et des lieux communs » déclare Alberto Toscano et l’on peut en voir l’illustration à travers l’actualité (mince) de la Lega dans les médias français.

Le PS français en crise

« Vu d’Italie, on ne comprend pas les choix stratégiques du Parti Socialiste français et ses divisions au sein même du parti ». Voici le résumé de ce que les italiens pensent du parti majoritaire de la gauche française si l’on en croit Alberto Toscano.

« Des choix et des divisions incompréhensibles »

Pour Alberto Toscano, qui parle au nom de ses compatriotes, c’est incompréhensible que le parti socialiste ne cherche pas à s’allier avec le MoDem, François Bayrou, et plus généralement le Centre alors qu’il préfère toujours chercher des alliances à la gauche du parti. Le PS se retrouve comme « prisonnier de son histoire » en reniant la mondialisation, le libéralisme et l’importance de l’économie pour privilégier de possibles associations avec l’extrême gauche ou les verts.

En Italie, au contraire, la gauche  a su  dans son histoire s’allier avec des partis situés « à sa droite » comme des partis centristes ou indépendants.

Aujourd’hui, le PS est désigné comme un parti « ringard » par les italiens malgré la popularité de Ségolène Royal en 2007, reconnue à l’époque comme une femme politique d’avenir et une candidate sérieuse de l’opposition face à Nicolas Sarkozy. En 2010, les avis ont changés et cela est surement du au fait que le PS est devenu illisible vu de l’étranger car en manque de leader, d’idées et de projet clair et défini.

Le Traitement de l’information dans les médias français et italiens.

Alberto Toscano, en tant que journaliste présent des deux cotés des Alpes indique que, selon lui, il n’y a pas de grandes différences entre les médias français et italiens dans le traitement de l’information.

« Le règne de l’info spectacle »

Nous sommes spectateurs impuissants du règne de « l’info spectacle », très stéréotypée et dans laquelle on ne trouve que peu d’analyses poussées. Alberto Toscano prend l’exemple du problème des banlieues exagéré jadis par les médias italiens ,ainsi que celui des médias français qui ont une fâcheuse tendance à toujours associer l’Italie à des problèmes mafieux et racistes.

« Il n’y a pas de volonté de la part des médias de livrer une information vraie et bien analysée car l’on pense que ça n’intéresse pas le lecteur », voici le triste bilan dressé par Alberto Toscano.

Remerciements à Alberto Toscano

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Classé dans L'impact de l'écologie, La Lega Nord, Le PS en crise

L’écologie ne connaît pas le même impact des deux cotés des Alpes

Afin d’introduire cet article, il convenait de faire un point sur les résultats des dernières élections européennes, qui nous montrent de grosses différences entre les partis écologistes français et italiens.

En effet, en France le groupe Europe Ecologie obtient 16,28% des voix, ce qui lui donne 14 sièges au parlement européen, résultat identique à celui du PS arrivé en deuxième position, loin derrière l’UMP.

« Aucun siège au parlement pour les Verts italiens »

Dans le même temps, en Italie les écologistes obtiennent seulement 3,12% en étant alliés à d’autres partis au sein de la coalition « Sinistra e Liberta », et par conséquent aucun siège au parlement européen…

Dans le reste des pays de l’UE, le groupe dit « Greens » remporte 55 sièges sur un total de 736 et 7,5% des voix.


En France, la taxe carbone est au coeur des débats lors de la rentrée 09, selon le journal l’Humanité,celle ci est rejetée par l’ensemble des français car elle est injuste, elle frappe les plus pauvres et est inefficace.Les pauvres étant mal équipés, ils seront ceux qui paieront le plus.Selon ce même journal d’extreme gauche, il serait plus convenable de taxer les entreprises et non les travailleurs.

« L’écologie: un enjeu majeur en vue de 2012″

D’après Marianne, Nicolas Sarkozy se bat pour la taxe carbone en vue de 2012,car l’environnement sera un des thèmes principaux de la campagne pour les élections présidentielles.Le président Sarkozy est accusé d’avoir une visée électoraliste car il prive le PS  et le MoDem de renouveau avec l’écologie et veut dynamiser Europe Ecologie qui n’est  pas, selon l’avis de Marianne, une alternative serieuse pour 2012.

Dans un article du Figaro, l’UMP présentait ses projets écologiques et se voulait rassurant au sujet de la taxe carbone: celle ci ne sera pas un impôt supplémentaire car il sera reversé dès février 2010, et selon X. Bertrand « il vaut mieux taxer la pollution que le travail. »L’UMP parle d’écologie bleue avec pour principes de base une croissance durable et non une décroissance, ainsi que le nucléaire. Pour le grand groupe politique de la droite française  l’écologie est en tête de liste des préoccupations des français et par conséquent en tête des projets de la majorité.0f46d85a-b90b-11de-ac62-bd570a86798f

Selon La Stampa, les italiens n’ont pas encore de culture écolo. En matière d’automobile, les italiens privilégient des domaines tels que l’assistance ou la sécurité plutôt que l’écologie, et 70% des italiens ne sont pas prêts à changer leurs habitudes et jugent l’utilisation de leur automobile indispensable. Les italiens possèdent surtout des petites voitures, pas toujours récentes et de marque nationale.  64% des autos datent d’avant 2004 et 27% d’avant 2000.

« Quand écologie rime avec scandale médiatique… »

Deux grands scandales liés à l’écologie occupent la scène médiatique ces dernières semaines  en Italie. Le premier concerne les navires remplis de tonnes de déchets radioactifs coulés par la mafia au large des côtes italiennes et jusqu’en Afrique. Fonti, un repenti de la mafia a confessé aux autorités le retraitement des déchets radioactifs pratiqué par la mafia, et ce depuis 20 ans. Plus de 180 navires auraient été sabordés en pleine mer. Fonti déclare que la mafia agit grâce à la discrétion de l’armée et des services secrets italiens. L’autre scandale concerne le marché des éoliennes.En effet, des personnes sont accusés d’escroqueries et de détournements de subventions publiques pour réaliser des parcs éoliens. L’Italie est un el dorado pour faire des affaires avec les éoliennes. Les aides sont 3 fois supérieures à celles de la France et les installations sont rentables dès la deuxième année grâce à l’aide des régions et de l’Europe, ce qui a attiré les investissements de la mafia. D’après Io Donna (corriere della sera), du 7 novembre 09, en Sicile des milliers d’éoliennes seraient en construction « même là où le vent n’a pas la force de les faire tourner »…

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« Le renouveau du parti Vert italien? »

Le parti des Verts en Italie a connu récemment des changements importants puisque leur leader a changé: Francescato a du laisser sa place à Bonelli ce 11 octobre. Bonelli ne voulait pas s’allier avec « Sinistra e Liberta » alors que l’ancien leader Francescato si. Pour Bonelli il est important d’être indépendant pour s’aligner sur les résultats à deux chiffres des Verts français.  Ces évenements ont donc créé des scissions au sein des Verts et certains quotidiens italiens disent même que les écologistes sont en pleine crise et que » le soleil ne rit plus », en référence à leur logo.

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Pour conclure, on peut dire que l’écologie ne connaît pour le moment pas le même essor dans les deux pays. En France des personnalités telles que Hulot et Arthus Bertrand sont désignés aujourd’hui comme les gourous de l’écologie et connaissent une grande popularité au sein de la population française alors que ceux qui s’opposent à eux sont rares et sont « montrés du doigt » comme par exemple Claude Allègre. En Italie le thème de l’écologie n’est pas encore si populaire et n’est pas considéré comme une des préoccupations première de la population transalpine même si l’on voit apparaître des PME italiennes qui commercialisent des produits issus du recyclage (design, décoration…).

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