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Entretien avec… Alberto Toscano

Alberto Toscano (né le 25 mars 1948 à Novare, au Piémont, Italie) est un journaliste et écrivain italien, résidant en France depuis 1986 et collaborant à plusieurs média italiens et français.

Alberto Toscano est diplômé en sciences politiques de l’Università statale di Milano .Il a été rétrospectivement chef du service international de l’hebdomadaire italien Rinascita , rédacteur et envoyé spécial du quotidien L’Unità, ,correspondant à Paris du quotidien économique ItaliaOggi. Auteur depuis cette date de plus de 5 000 articles sur la France, publiés par des journaux italiens de différentes tendances politiques : ItaliaOggi, L’Indipendente, Il Secolo XIX, Il Giornale, Panorama, Il Riformista.

Il collabore auprès de  plusieurs radio et télé : en Italie sur la radio de la Rai et des chaînes de télévision privées du groupe Mediaset ; en France – après des années sur RFI, France Culture et France Inter– il fait partie du groupe des polémistes de l’émission On refait le monde sur RTL et il intervient sur TV5.

Il fut également le président de l’Association de la Presse étrangère et auteurs de nombreux livres.

Alberto Toscano a accordé cet entretien au Blog France/Italia le 16 janvier 2010, durant lequel il a été question de La Lega Nord, du PS et du traitement de l’information dans les médias français et italiens.

Lega Nord

« Concernant la Lega tout est simple ! », c’est par cette phrase que l’entretien avec Alberto Toscano a commencé lorsque je lui ai demandé d’évoquer le sujet concernant la Lega Nord.

En effet, d’après mon interlocuteur, la montée en puissance de la Lega Nord en Italie à partir des années 90’ est liée à un phénomène simple : l’augmentation des taxes fiscales en Italie depuis les années 70’-80’.

Au nord de l’Italie, un mécontentement général s’est alors fait ressentir car les habitants de l’Italie septentrionale, région la plus dynamique économiquement parlant, ont dénoncé le fait de payer proportionnellement plus de taxes que les habitants du sud du pays, soupçonnés de ne pas déclarer clairement l’ensemble de leurs revenus.

Le parti de la Lega nord (ligue du nord en français) connaît ses premiers succès à la suite de l’affaire « mani pulite » (mains propres) qui a comme conséquence l’écroulement et le renouvellement de la classe politique italienne au début des années 90’. La Lega n’est pas touchée par ce scandale de financement illégal des partis politiques et son leader, Umberto Bossi ne voit pas sa réputation entachée par l’affaire et les procès consécutifs à ce scandale national de très grande envergure. Il bénéficie donc à ce moment là d’une image d’homme honnête, non corrompu qui se reflète dès lors sur son parti. Et cela se fera ressentir dès 1994, année de l’arrivée au pouvoir du Cavaliere, allié à la Lega Nord.

La Lega connaît donc le pouvoir au sein de la coalition du centre droit italien avec Silvio Berlusconi, nouveau président du conseil, à sa tête.

« Lega Nord et Berlusconi, entre alliances et défiances… »

Dans le but de renforcer et d’affirmer son indépendance, la Lega « fera chuter » Berlusconi en se retirant de la coalition menée par le Cavaliere en 1995. La Lega fera en effet partie du nouveau gouvernement « technique » présidé par  Dini en 1995, qui prendra la suite du gouvernement Berlusconi I. Depuis cet épisode, le temps a fait son effet et l’on compte à nouveau la Lega  parmi les alliés de Silvio Berlusconi et elle fait actuellement partie de la coalition au pouvoir en Italie, depuis 2008.

Aujourd’hui, la Lega ne cesse de gagner des points aux élections, et empreinte un créneau populiste qui marche plutôt bien. On assiste alors à des déclarations théâtrales et incroyables de la part de certains dirigeants du parti qui donnent lieu à des dérapages racistes et xénophobes relayés massivement dans tous les médias italiens et étrangers, à un tel point qu’on a l’impression de ne connaître que cela de ce parti dit « sulfureux ». Les médias assimilent même trop souvent les italiens  à ce type de déclarations négatives. Selon Alberto Toscano, grand nombre d’électeurs de la Lega sont conscients des dérives de certains responsables et élus du parti fédéraliste, ils savent aussi que quelques uns de ces élus sont ouvertement racistes et xénophobes.

Toscano : « le racisme n’est pas une généralité au sein de la Lega »

Cependant il ne convient pas de faire une généralité de ces individus, ni de se focaliser sur certains actes (certes très médiatiques). De plus, les cotés honnête, droit et proche des préoccupations du peuple de la Lega  Nord priment souvent au moment d’aller remplir les urnes.

Depuis peu, la Lega se préoccupe  beaucoup du débat sur l’entrée possible de la Turquie dans l’Union Européenne, entrée soutenue par le Président du conseil italien. En effet, Silvio Berlusconi est favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE et la Lega se positionne face au leader du PDL. Pour Alberto Toscano, la Lega emploie cette stratégie afin de « voler » des voix à Silvio Berlusconi et son parti dans l’optique des futures élections.

« La logique stratégique de la Lega est celle de Craxi dans le passé »

La stratégie de la Lega est de marquer son indépendance en tant que parti important sur l’échiquier politique italien, et ceci dans l’optique de « pouvoir peser » dans l’avenir politique italien, notamment au moment de la formation des coalitions de  droite ou de gauche  à venir. « La logique de la Lega est celle de Bettino Craxi dans le passé »,déclare Alberto Toscano, c’est à dire récolter peu de voix par rapport aux grands partis politiques mais pouvoir faire « pencher la balance dans un sens ou dans l’autre », ce qui représente une position très forte.

La Lega et les Médias.

L’auteur de « critique amoureuse des français », son dernier livre paru en 2009, est catégorique : « la Presse française à l’habitude de simplifier à l’extrême l’Italie », ainsi l’Italie est souvent banalisée  à travers de tels sujets. « La presse se base purement et simplement sur des stéréotypes et des lieux communs » déclare Alberto Toscano et l’on peut en voir l’illustration à travers l’actualité (mince) de la Lega dans les médias français.

Le PS français en crise

« Vu d’Italie, on ne comprend pas les choix stratégiques du Parti Socialiste français et ses divisions au sein même du parti ». Voici le résumé de ce que les italiens pensent du parti majoritaire de la gauche française si l’on en croit Alberto Toscano.

« Des choix et des divisions incompréhensibles »

Pour Alberto Toscano, qui parle au nom de ses compatriotes, c’est incompréhensible que le parti socialiste ne cherche pas à s’allier avec le MoDem, François Bayrou, et plus généralement le Centre alors qu’il préfère toujours chercher des alliances à la gauche du parti. Le PS se retrouve comme « prisonnier de son histoire » en reniant la mondialisation, le libéralisme et l’importance de l’économie pour privilégier de possibles associations avec l’extrême gauche ou les verts.

En Italie, au contraire, la gauche  a su  dans son histoire s’allier avec des partis situés « à sa droite » comme des partis centristes ou indépendants.

Aujourd’hui, le PS est désigné comme un parti « ringard » par les italiens malgré la popularité de Ségolène Royal en 2007, reconnue à l’époque comme une femme politique d’avenir et une candidate sérieuse de l’opposition face à Nicolas Sarkozy. En 2010, les avis ont changés et cela est surement du au fait que le PS est devenu illisible vu de l’étranger car en manque de leader, d’idées et de projet clair et défini.

Le Traitement de l’information dans les médias français et italiens.

Alberto Toscano, en tant que journaliste présent des deux cotés des Alpes indique que, selon lui, il n’y a pas de grandes différences entre les médias français et italiens dans le traitement de l’information.

« Le règne de l’info spectacle »

Nous sommes spectateurs impuissants du règne de « l’info spectacle », très stéréotypée et dans laquelle on ne trouve que peu d’analyses poussées. Alberto Toscano prend l’exemple du problème des banlieues exagéré jadis par les médias italiens ,ainsi que celui des médias français qui ont une fâcheuse tendance à toujours associer l’Italie à des problèmes mafieux et racistes.

« Il n’y a pas de volonté de la part des médias de livrer une information vraie et bien analysée car l’on pense que ça n’intéresse pas le lecteur », voici le triste bilan dressé par Alberto Toscano.

Remerciements à Alberto Toscano

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Entretien avec… Michele Canonica


Michele Canonica (né le 23 août 1948 à Turin en Italie) est un journaliste italien.

Durant sa carrière il fut Grand reporter des hebdomadaires L’espresso et Panorama, Correspondant à Paris et commentateur politique à Rome de plusieurs grands quotidiens italiens, Directeur de la communication de la Chambre de Commerce Italienne à Paris pour la France  et Directeur de la revue France Italie.

Il est l’actuel Président, depuis 2007 ,du Comité de Paris de la Società Dante Alighieri, Président depuis 1998 de L’Italie en direct – L’Italia in diretta, qui produit des émissions radiophoniques sur les différents aspects de la présence italienne en France

Il a publié les volumes bilingues suivants :

Une amitié difficile – Entretiens sur deux siècles de relations franco-italiennes, avec Gilles Martinet et Sergio Romano, 1999 ;

Italiens de prestige à Paris et Ile-de-France, avec Florence Vidal, 2002.

J’ai pu m’entretenir avec Michele Canonica sur la question de l’impact de l’écologie en France et en Italie, il m’a accordé une interview le 14 janvier 2010.

« La crise du Parti Democrate italien profite a l’Italie des Valeurs, pas aux Verts »

Selon Mr Canonica, en France comme en Italie les principaux partis de gauche, (respectivement le Parti Socialiste et le Partito Democratico) traversent une crise forte en ce moment, qui se fait ressentir tant dans les urnes que dans l’opinion publique. Ainsi, à la gauche de ces gros partis, en France tout comme en Italie on a vu apparaître des nouvelles forces en présence: en France Europe Ecologie et son score impressionnant aux élections européennes de 2009, en Italie le parti l’Italia dei valori qui occupe une place de plus en plus importante sur l’échiquier politique italien.

On trouve plusieurs points communs si l’on compare ces deux partis politiques. En effet, il sont portés par des sentiments forts, présents dans les deux pays, et représentés par des leaders charismatiques ayant déjà eu un rôle important dans l’histoire politique de leur pays respectif.

« l’Ecologie en France, entre valeurs réelles, effet de mode et opportunisme »

En France, l’écologie est devenu un sujet récurrent et présent sur le devant de la scène lors des débats politiques autant qu’au sein de la population. Elle est portée par Daniel Cohn Bendit  et son parti Europe Ecologie, et une grande partie de la population, des responsables politiques et des personnalités adhèrent aux idées écologistes. Selon mon analyse, cette poussée de l’écologie représente un mélange de valeurs écologiques réelles, d’effet de mode, et d’opportunisme. En effet les valeurs vertes sont très en vogue en France et celui qui ose se positionner contre est montré du doigt.

En Italie, comme indiqué lors d’articles précédents dans ce blog, l’écologie en politique n’a pas connu le même essor, et de loin (aucun siège « vert » au parlement européen). Comme nous le disions en introduction, l’intervalle a été pris par le parti de gauche « Italia dei Valori ». Ce parti est un parti politique italien fondé à Rome en 1998 par Antonio Di Pietro, un ancien magistrat de « Mani pulite ». Aux élections européennes de juin 2009, il devient le 4e parti italien, avec 2 452 731 voix (8,08 %) et 7 députés membres du groupe ADLE. Aux précédentes élections européennes et régionales de 2004, ce parti s’était présenté avec le symbole Lista Di Pietro – Italia dei Valori : il avait obtenu 694 963 votes, avec 2,1 % des voix, l’élection d’Antonio Di Pietro comme député européen et celle de son allié, un ancien communiste, Achille Occhetto , ce dernier avait immédiatement démissionné pour laisser la place à un autre ancien membre du Parti communiste italien, Chiesa.

« Di Pietro et le créneau de la gauche anti-corruption,anti-Berlusconi »

« L’Italie des Valeurs » s’en prend clairement à Silvio Berlusconi et à la « corruption » de la classe politique. Des thèmes qui ont de l’avenir dans le paysage politique encore instable de l’Italie actuelle.

On se rappelle du juge Di Pietro comme d’un homme droit, anti corruption, qui n’ pas hésité à exclure de la vie politique italienne des hommes de pouvoir come B.Craxi, mêlant au scandale politique nombre d’amis de l’actuel président du Conseil. Le parti de Di Pietro gagne donc les voix de certains  électeurs de gauche anti Berlusconi qui ne croient plus au PD.

« Plus de nucléaire en Italie depuis Tchernobyl »

D’autre part, Le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources de pétrole et de gaz font du nucléaire une énergie propre et pleine d’avenir, peut être la seule solution pour permettre la survie de notre civilisation moderne en respectant l’environnement. Or, en 1987, soit un an après la catastrophe de Tchernobyl, il fut décidé par référendum de la sortie du nucléaire civil en Italie, entre autres grâce ou à cause des partisans écologistes (ce qui pourrait leur être reproché aujourd’hui). Les quatre centrales nucléaires présentes en Italie furent arrêtées, la dernière en 1990. Ainsi, l’Italie importe de l’électricité nucléaire (notamment de France), et la société italienne Enel SPA investit dans la construction de réacteurs nucléaires en France et en Slovaquie, ainsi qu’au développement de la technologie de l’EPR.

En mai 2008, le nouveau gouvernement de Silvio Berlusconi a annoncé le retour à l’énergie nucléaire dans les cinq ans. Le gouvernement italien se propose de poser la première pierre du renouveau nucléaire italien d’ici à 2013, pour une mise en service en 2018.

En conclusion, pour le spécialiste qu’est Michele Canonica de la France et de l’Italie, on peut mesurer les différences de l’impact de l’écologie dans la vie politique des deux cotés des Alpes grâce à plusieurs éléments : l’affaiblissement du Pd italien a profité au groupe l’Italia dei Valori de Di Pietro et n’a pas laissé de place pour une force verte.

De plus, toujours d’après lui, « les  écologistes  italiens n’ont pas de Cohn Bendit », ce qui met en cause la faiblesse du leadership Vert italien.

Enfin l’épisode post Tchernobyl et l’arrêt demandé du nucléaire n’aura surement pas jouer en leur faveur à l’heure du retour en force de cette énergie dite propre.

Remerciements à Michele Canonica.

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