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Entretien avec… Marcelle Padovani

Licenciée en philosophie, diplômée de Sciences Po et docteur en sciences politiques, Marcelle Padovani débute à l’Express, puis passe au Nouvel Observateur où elle couvre la gauche française au moment de la prise  de pouvoir du nouveau président de la république :  François Mitterrand.

Plus tard, elle demandera et obtiendra le poste qu’elle convoite, c’est à dire correspondant en Italie. Pourquoi l’Italie ? Parce qu’elle était «  fascinée de longue date par son coté “laboratoire” et par sa capacité à inventer des solutions nouvelles, sur les plan politique, économique et social. Fascinée aussi par le phénomène Mafia. »

Elle a écrit huit livres sur l’Italie, sur le communisme, sur le terrorisme, sur la mafia, sur la Sicile, plus deux livres-entretien: l’un avec Leonardo Sciascia (La Sicile comme métaphore) et l’autre avec le juge Giovanni Falcone (Cosa Nostra: le juge et les hommes d’honneur).

Marcelle Padovani est aussi à l’origine de plusieurs films télé dont un portrait de Falcone et un reportage sur les femmes et la mafia.

Quelles sont les particularités des Médias italiens ?

La première chose qui m’a frappée dès que je suis déboulée en Italie c’est le caractère élitaire, très peu pédagogique de la presse italienne, même pour ses grands quotidiens indépendants, tels Il Corriere della sera et La Repubblica. On suppose du lecteur qu’il connaisse déjà beaucoup lorsqu’on lui propose de lire un article. Il arrive souvent qu’on arrive à la fin d’un papier sans avoir compris quelle est l’information qui l’a motivé. C’est incontestablement un défaut.

La deuxième caractéristique qui m’a frappée, c’est le refus des chiffres, de la statistique, de l’enquête chiffrée, de la recherche d’informations quantifiables. Je crois que c’est un défaut non seulement de la presse mais de la société toute entière. Je me souviens, il y a une quinzaine d’années, je cherchais à savoir le nombre d’employés d ans la fonction publique, je ne trouvais rien, j’ai fini par appeler le cabinet du ministre, et on m’y a répondu, parce qu’on n’avait pas ce chiffre: ”C’est un secret d’Etat”…Du nombre d’employés publics comme secret d’Etat!!!

Troisième “défaut” : la tendance au “cerchiobottismo”, c’est à dire la tendance à se laver les mains d’un gros problème politique ou social, plutôt que d’avoir le courage de donner une opinion tranchée. Par exemple : le “procès bref”, récemment voté au Sénat, qui effacera des centaines de milliers de procès , tout simplement pour pouvoir effacer les deux procès qui mettent au pilori le Président du Conseil… Eh bien, il y a des grands quotidiens qui font semblant de ne pas s’apercevoir de la gravité de la chose, du fait que c’est la fin de la justice d’une certaine façon et qui titrent :”Le procès bref est voté…La polémique explose”, suivi de deux interviews, l’une favorable au projet gouvernemental, l’autre contraire… avec une évidente fuite de responsabilités car le journal en tant que tel ne prend pas position…

En revanche, et cela plaide en faveur de la presse italienne, les grands journalistes, les éditorialistes, sont très souvent beaucoup plus cultivés que les confrères français. Et ils parlent plusieurs langues.

Selon vous, pourquoi les « Verts » italiens ne connaissent le même essor qu’en France ?

L’écologie italienne est depuis toujours divisée en deux tronçons : ceux qui veulent seulement défendre la qualité de la vie, du territoire et du milieu, et ceux qui pensent que cette défense passe par un engagement dans les rangs de la gauche. Cette division a diminué l’impact des thèmes écolo. L’écologie italienne est aussi en proie à des profondes rivalités de personnes, qui rendent le staff des Verts impuissant.

Pourtant la sensibilité envers les thèmes écolo est importante. Elle est plus forte au Nord qu’au Sud, et c’est évidemment au Sud que les plus grands désastres ont lieu : pollution, destruction des cotes, urbanisation sauvage, trafic de déchets même toxiques.

En France, La Ligue du Nord est seulement connu pour être xénophobe et raciste. Est ce une vision objective ? Disposons nous d’assez d’informations dans les médias français sur ce sujet ?

La Ligue du Nord est un parti ouvertement xénophobe, qui promeut des lois anti immigrés, qui se vante de repousser les bateaux charges de migrants qui s’approchent des cotes italiennes, qui a inventé le délit d’immigration clandestine , qui demande des enseignants du Nord pour les élèves du Nord , qui préconise la sécession, qui fait pisser des cochons sur les emplacements destinés aux mosquées, qui a inventé les “rondes” anti immigrés, qui a eu le culot, dans une ville comme Trévise, d’ôter les bancs dans les jardins publics pour éviter que les immigrés ne s’y asseyent… Qui dit mieux, comme xénophobie militante et concrète ?

Pensez vous qu’un tel sujet puisse contribuer à donner une mauvaise image des Italiens à l’étranger ?

Je ne sais pas si les Français sont bien ou mal informés sur la Ligue du Nord, mais je sais en revanche que le discrédit qui frappe l’image de l’Italie à l’étranger, et qui suscite la floraison des clichés, ce n’est pas forcément la Ligue du Nord mais plutôt l’actuel Président du Conseil Berlusconi, avec son cortège de conflits d’intérêt, ses attaques contre la justice, ses histoires de bonnes femmes, son maquillage outrancier et ses comportements de matamore.

Quel est l’écho en Italie de la crise que traverse le Parti Socialiste Français ?

Il y a en ce moment très peu d’infos sur ce sujet dans la presse italienne. Très peu d’intérêt aussi. Parce que la situation de la gauche italienne est si catastrophique que personne n’a envie de connaître les soucis d’une consœur européenne, aussi sympathique puisse t’elle être. Mais d’une manière générale, contrairement aux Français, les Italiens ont tendance à surévaluer, à surestimer tout ce qui est étranger par rapport à tout ce qui est national. C’est ce qu’on appelle ici l’ ”autolésionisme” péninsulaire. Le contraire de l’arrogance française. Donc la gauche française doit surement jouir d’un préjugé favorable dans les tréfonds de l’âme italienne…

Remerciements à Marcelle Padovani.

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L’écologie ne connaît pas le même impact des deux cotés des Alpes

Afin d’introduire cet article, il convenait de faire un point sur les résultats des dernières élections européennes, qui nous montrent de grosses différences entre les partis écologistes français et italiens.

En effet, en France le groupe Europe Ecologie obtient 16,28% des voix, ce qui lui donne 14 sièges au parlement européen, résultat identique à celui du PS arrivé en deuxième position, loin derrière l’UMP.

« Aucun siège au parlement pour les Verts italiens »

Dans le même temps, en Italie les écologistes obtiennent seulement 3,12% en étant alliés à d’autres partis au sein de la coalition « Sinistra e Liberta », et par conséquent aucun siège au parlement européen…

Dans le reste des pays de l’UE, le groupe dit « Greens » remporte 55 sièges sur un total de 736 et 7,5% des voix.


En France, la taxe carbone est au coeur des débats lors de la rentrée 09, selon le journal l’Humanité,celle ci est rejetée par l’ensemble des français car elle est injuste, elle frappe les plus pauvres et est inefficace.Les pauvres étant mal équipés, ils seront ceux qui paieront le plus.Selon ce même journal d’extreme gauche, il serait plus convenable de taxer les entreprises et non les travailleurs.

« L’écologie: un enjeu majeur en vue de 2012″

D’après Marianne, Nicolas Sarkozy se bat pour la taxe carbone en vue de 2012,car l’environnement sera un des thèmes principaux de la campagne pour les élections présidentielles.Le président Sarkozy est accusé d’avoir une visée électoraliste car il prive le PS  et le MoDem de renouveau avec l’écologie et veut dynamiser Europe Ecologie qui n’est  pas, selon l’avis de Marianne, une alternative serieuse pour 2012.

Dans un article du Figaro, l’UMP présentait ses projets écologiques et se voulait rassurant au sujet de la taxe carbone: celle ci ne sera pas un impôt supplémentaire car il sera reversé dès février 2010, et selon X. Bertrand « il vaut mieux taxer la pollution que le travail. »L’UMP parle d’écologie bleue avec pour principes de base une croissance durable et non une décroissance, ainsi que le nucléaire. Pour le grand groupe politique de la droite française  l’écologie est en tête de liste des préoccupations des français et par conséquent en tête des projets de la majorité.0f46d85a-b90b-11de-ac62-bd570a86798f

Selon La Stampa, les italiens n’ont pas encore de culture écolo. En matière d’automobile, les italiens privilégient des domaines tels que l’assistance ou la sécurité plutôt que l’écologie, et 70% des italiens ne sont pas prêts à changer leurs habitudes et jugent l’utilisation de leur automobile indispensable. Les italiens possèdent surtout des petites voitures, pas toujours récentes et de marque nationale.  64% des autos datent d’avant 2004 et 27% d’avant 2000.

« Quand écologie rime avec scandale médiatique… »

Deux grands scandales liés à l’écologie occupent la scène médiatique ces dernières semaines  en Italie. Le premier concerne les navires remplis de tonnes de déchets radioactifs coulés par la mafia au large des côtes italiennes et jusqu’en Afrique. Fonti, un repenti de la mafia a confessé aux autorités le retraitement des déchets radioactifs pratiqué par la mafia, et ce depuis 20 ans. Plus de 180 navires auraient été sabordés en pleine mer. Fonti déclare que la mafia agit grâce à la discrétion de l’armée et des services secrets italiens. L’autre scandale concerne le marché des éoliennes.En effet, des personnes sont accusés d’escroqueries et de détournements de subventions publiques pour réaliser des parcs éoliens. L’Italie est un el dorado pour faire des affaires avec les éoliennes. Les aides sont 3 fois supérieures à celles de la France et les installations sont rentables dès la deuxième année grâce à l’aide des régions et de l’Europe, ce qui a attiré les investissements de la mafia. D’après Io Donna (corriere della sera), du 7 novembre 09, en Sicile des milliers d’éoliennes seraient en construction « même là où le vent n’a pas la force de les faire tourner »…

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« Le renouveau du parti Vert italien? »

Le parti des Verts en Italie a connu récemment des changements importants puisque leur leader a changé: Francescato a du laisser sa place à Bonelli ce 11 octobre. Bonelli ne voulait pas s’allier avec « Sinistra e Liberta » alors que l’ancien leader Francescato si. Pour Bonelli il est important d’être indépendant pour s’aligner sur les résultats à deux chiffres des Verts français.  Ces évenements ont donc créé des scissions au sein des Verts et certains quotidiens italiens disent même que les écologistes sont en pleine crise et que » le soleil ne rit plus », en référence à leur logo.

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Pour conclure, on peut dire que l’écologie ne connaît pour le moment pas le même essor dans les deux pays. En France des personnalités telles que Hulot et Arthus Bertrand sont désignés aujourd’hui comme les gourous de l’écologie et connaissent une grande popularité au sein de la population française alors que ceux qui s’opposent à eux sont rares et sont « montrés du doigt » comme par exemple Claude Allègre. En Italie le thème de l’écologie n’est pas encore si populaire et n’est pas considéré comme une des préoccupations première de la population transalpine même si l’on voit apparaître des PME italiennes qui commercialisent des produits issus du recyclage (design, décoration…).

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