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De Rome à Paris: Info spectacle, clichés et lieux communs

Que retiendra-t-on de l’info « politique » française et italienne de ces derniers mois?

On peut déjà répondre à cette question sans prendre aucun risque: les scandales! Et oui, cette année encore les médias français et italiens  auront  alimenté plus que de raison la rubrique « politique-spectacle ».


Du divorce de Silvio Berlusconi causé par ses frasques avec des « escort girls », du fait qu’il ne se soit pas rendu à l’anniversaire de sa fille (événement primordial concernant la pérennité politique du pays), en passant par le coup de la statuette milanaise, show en live diffusé en boucle sur nos écrans, jusqu’à la vraie fausse rumeur concernant les liaisons extra conjugales du couple Sarkozy-Bruni, relayées ou non par Rachida Dati… Que d’analyses, d’infos, de débats importants à l’heure de la crise mondiale!






Attention, le procès ici fait aux médias ne veut pas généraliser le comportement de plusieurs journalistes,canards et autres chaînes de télévision qui exploitent à fond le rentable filon de l’info-spectacle. Cependant, il conviendrait de privilégier le fond à la forme, de quitter les terrains du lieu commun pour explorer celui de la réelle analyse.

Le 11 juin prochain, la coupe du monde de football en Afrique du Sud prendra le relais de cette info spectacle, et l’on parlera alors beaucoup plus de Domenech,Lippi,Henry ou Buffon que des sujets moins légers…

Voici un petit aperçu des clichés français vu par le blog italien de Daniele Sensi :

L'Europe vue par les français

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Entretien avec… Alberto Toscano

Alberto Toscano (né le 25 mars 1948 à Novare, au Piémont, Italie) est un journaliste et écrivain italien, résidant en France depuis 1986 et collaborant à plusieurs média italiens et français.

Alberto Toscano est diplômé en sciences politiques de l’Università statale di Milano .Il a été rétrospectivement chef du service international de l’hebdomadaire italien Rinascita , rédacteur et envoyé spécial du quotidien L’Unità, ,correspondant à Paris du quotidien économique ItaliaOggi. Auteur depuis cette date de plus de 5 000 articles sur la France, publiés par des journaux italiens de différentes tendances politiques : ItaliaOggi, L’Indipendente, Il Secolo XIX, Il Giornale, Panorama, Il Riformista.

Il collabore auprès de  plusieurs radio et télé : en Italie sur la radio de la Rai et des chaînes de télévision privées du groupe Mediaset ; en France – après des années sur RFI, France Culture et France Inter– il fait partie du groupe des polémistes de l’émission On refait le monde sur RTL et il intervient sur TV5.

Il fut également le président de l’Association de la Presse étrangère et auteurs de nombreux livres.

Alberto Toscano a accordé cet entretien au Blog France/Italia le 16 janvier 2010, durant lequel il a été question de La Lega Nord, du PS et du traitement de l’information dans les médias français et italiens.

Lega Nord

« Concernant la Lega tout est simple ! », c’est par cette phrase que l’entretien avec Alberto Toscano a commencé lorsque je lui ai demandé d’évoquer le sujet concernant la Lega Nord.

En effet, d’après mon interlocuteur, la montée en puissance de la Lega Nord en Italie à partir des années 90’ est liée à un phénomène simple : l’augmentation des taxes fiscales en Italie depuis les années 70’-80’.

Au nord de l’Italie, un mécontentement général s’est alors fait ressentir car les habitants de l’Italie septentrionale, région la plus dynamique économiquement parlant, ont dénoncé le fait de payer proportionnellement plus de taxes que les habitants du sud du pays, soupçonnés de ne pas déclarer clairement l’ensemble de leurs revenus.

Le parti de la Lega nord (ligue du nord en français) connaît ses premiers succès à la suite de l’affaire « mani pulite » (mains propres) qui a comme conséquence l’écroulement et le renouvellement de la classe politique italienne au début des années 90’. La Lega n’est pas touchée par ce scandale de financement illégal des partis politiques et son leader, Umberto Bossi ne voit pas sa réputation entachée par l’affaire et les procès consécutifs à ce scandale national de très grande envergure. Il bénéficie donc à ce moment là d’une image d’homme honnête, non corrompu qui se reflète dès lors sur son parti. Et cela se fera ressentir dès 1994, année de l’arrivée au pouvoir du Cavaliere, allié à la Lega Nord.

La Lega connaît donc le pouvoir au sein de la coalition du centre droit italien avec Silvio Berlusconi, nouveau président du conseil, à sa tête.

« Lega Nord et Berlusconi, entre alliances et défiances… »

Dans le but de renforcer et d’affirmer son indépendance, la Lega « fera chuter » Berlusconi en se retirant de la coalition menée par le Cavaliere en 1995. La Lega fera en effet partie du nouveau gouvernement « technique » présidé par  Dini en 1995, qui prendra la suite du gouvernement Berlusconi I. Depuis cet épisode, le temps a fait son effet et l’on compte à nouveau la Lega  parmi les alliés de Silvio Berlusconi et elle fait actuellement partie de la coalition au pouvoir en Italie, depuis 2008.

Aujourd’hui, la Lega ne cesse de gagner des points aux élections, et empreinte un créneau populiste qui marche plutôt bien. On assiste alors à des déclarations théâtrales et incroyables de la part de certains dirigeants du parti qui donnent lieu à des dérapages racistes et xénophobes relayés massivement dans tous les médias italiens et étrangers, à un tel point qu’on a l’impression de ne connaître que cela de ce parti dit « sulfureux ». Les médias assimilent même trop souvent les italiens  à ce type de déclarations négatives. Selon Alberto Toscano, grand nombre d’électeurs de la Lega sont conscients des dérives de certains responsables et élus du parti fédéraliste, ils savent aussi que quelques uns de ces élus sont ouvertement racistes et xénophobes.

Toscano : « le racisme n’est pas une généralité au sein de la Lega »

Cependant il ne convient pas de faire une généralité de ces individus, ni de se focaliser sur certains actes (certes très médiatiques). De plus, les cotés honnête, droit et proche des préoccupations du peuple de la Lega  Nord priment souvent au moment d’aller remplir les urnes.

Depuis peu, la Lega se préoccupe  beaucoup du débat sur l’entrée possible de la Turquie dans l’Union Européenne, entrée soutenue par le Président du conseil italien. En effet, Silvio Berlusconi est favorable à l’entrée de la Turquie dans l’UE et la Lega se positionne face au leader du PDL. Pour Alberto Toscano, la Lega emploie cette stratégie afin de « voler » des voix à Silvio Berlusconi et son parti dans l’optique des futures élections.

« La logique stratégique de la Lega est celle de Craxi dans le passé »

La stratégie de la Lega est de marquer son indépendance en tant que parti important sur l’échiquier politique italien, et ceci dans l’optique de « pouvoir peser » dans l’avenir politique italien, notamment au moment de la formation des coalitions de  droite ou de gauche  à venir. « La logique de la Lega est celle de Bettino Craxi dans le passé »,déclare Alberto Toscano, c’est à dire récolter peu de voix par rapport aux grands partis politiques mais pouvoir faire « pencher la balance dans un sens ou dans l’autre », ce qui représente une position très forte.

La Lega et les Médias.

L’auteur de « critique amoureuse des français », son dernier livre paru en 2009, est catégorique : « la Presse française à l’habitude de simplifier à l’extrême l’Italie », ainsi l’Italie est souvent banalisée  à travers de tels sujets. « La presse se base purement et simplement sur des stéréotypes et des lieux communs » déclare Alberto Toscano et l’on peut en voir l’illustration à travers l’actualité (mince) de la Lega dans les médias français.

Le PS français en crise

« Vu d’Italie, on ne comprend pas les choix stratégiques du Parti Socialiste français et ses divisions au sein même du parti ». Voici le résumé de ce que les italiens pensent du parti majoritaire de la gauche française si l’on en croit Alberto Toscano.

« Des choix et des divisions incompréhensibles »

Pour Alberto Toscano, qui parle au nom de ses compatriotes, c’est incompréhensible que le parti socialiste ne cherche pas à s’allier avec le MoDem, François Bayrou, et plus généralement le Centre alors qu’il préfère toujours chercher des alliances à la gauche du parti. Le PS se retrouve comme « prisonnier de son histoire » en reniant la mondialisation, le libéralisme et l’importance de l’économie pour privilégier de possibles associations avec l’extrême gauche ou les verts.

En Italie, au contraire, la gauche  a su  dans son histoire s’allier avec des partis situés « à sa droite » comme des partis centristes ou indépendants.

Aujourd’hui, le PS est désigné comme un parti « ringard » par les italiens malgré la popularité de Ségolène Royal en 2007, reconnue à l’époque comme une femme politique d’avenir et une candidate sérieuse de l’opposition face à Nicolas Sarkozy. En 2010, les avis ont changés et cela est surement du au fait que le PS est devenu illisible vu de l’étranger car en manque de leader, d’idées et de projet clair et défini.

Le Traitement de l’information dans les médias français et italiens.

Alberto Toscano, en tant que journaliste présent des deux cotés des Alpes indique que, selon lui, il n’y a pas de grandes différences entre les médias français et italiens dans le traitement de l’information.

« Le règne de l’info spectacle »

Nous sommes spectateurs impuissants du règne de « l’info spectacle », très stéréotypée et dans laquelle on ne trouve que peu d’analyses poussées. Alberto Toscano prend l’exemple du problème des banlieues exagéré jadis par les médias italiens ,ainsi que celui des médias français qui ont une fâcheuse tendance à toujours associer l’Italie à des problèmes mafieux et racistes.

« Il n’y a pas de volonté de la part des médias de livrer une information vraie et bien analysée car l’on pense que ça n’intéresse pas le lecteur », voici le triste bilan dressé par Alberto Toscano.

Remerciements à Alberto Toscano

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